Le MP3 est probablement l’un des formats audio les plus connus.

Mais il est loin d’être le seul.

WAV.

FLAC.

AAC.

OGG.

Ces noms apparaissent régulièrement dans les logiciels audio, les lecteurs multimédias et les bibliothèques musicales.

Tous peuvent servir à transporter du son numérique, mais ils ne fonctionnent pas nécessairement de la même manière.

La première différence importante concerne la compression.

On peut distinguer trois grandes situations :

audio non compressé ou PCM encapsulé,

compression sans pertes,

compression avec pertes.

Comprendre cette distinction permet déjà de mieux situer les différents formats.

Commençons par le WAV.

Le WAV est un format conteneur développé historiquement dans l’écosystème Microsoft et IBM.

Dans son utilisation la plus courante, un fichier WAV contient de l’audio PCM non compressé.

Le signal est donc représenté directement par une succession d’échantillons numériques.

Par exemple :

44,1 kHz,

16 bits,

stéréo.

Dans cette configuration, le débit audio représente environ 1 411 kb/s.

Cela signifie qu’une chanson de quatre minutes peut occuper environ 42 Mo de données audio.

L’avantage est évident.

Le signal PCM n’a pas subi de compression avec pertes.

Il est particulièrement pratique pour la production, le montage, le traitement et les échanges entre logiciels audio.

Le principal inconvénient est également évident :

la taille.

Une collection de milliers de morceaux en WAV peut rapidement nécessiter énormément d’espace de stockage.

Le WAV est donc particulièrement intéressant lorsque la taille n’est pas la priorité.

Passons au FLAC.

FLAC signifie Free Lossless Audio Codec.

Le mot essentiel est Lossless.

Sans pertes.

Le FLAC utilise une compression permettant de réduire la quantité de données tout en conservant la possibilité de reconstruire exactement les données audio originales.

C’est une différence fondamentale avec le MP3.

Lorsque l’on décompresse un fichier FLAC correctement créé, on peut retrouver les mêmes données PCM que celles utilisées comme source.

Le FLAC est donc particulièrement apprécié pour l’archivage musical.

Il permet de réduire la taille par rapport à un PCM non compressé sans sacrifier les informations audio.

Le taux de compression dépend du contenu.

Contrairement au MP3, on ne choisit généralement pas un bitrate fixe comme 128 ou 320 kb/s pour déterminer directement la qualité.

Le débit final varie en fonction de la musique et des paramètres de compression.

Le FLAC possède cependant un inconvénient par rapport au MP3 :

ses fichiers restent généralement beaucoup plus volumineux.

En échange, aucune donnée audio n’est volontairement supprimée.

Nous arrivons maintenant au MP3.

MP3 signifie MPEG Audio Layer III.

Comme nous l’avons découvert dans les articles précédents, il utilise une compression avec pertes.

L’encodeur analyse le signal et utilise notamment des principes psychoacoustiques afin de réduire fortement la quantité de données.

Un MP3 peut par exemple utiliser :

128 kb/s,

192 kb/s,

256 kb/s,

ou 320 kb/s.

À 320 kb/s, une chanson de quatre minutes représente approximativement 9,6 Mo de données audio.

Nous sommes donc très loin des quelque 42 Mo nécessaires au PCM 16 bits / 44,1 kHz stéréo.

Cette réduction constitue l’une des principales raisons du succès historique du MP3.

Mais contrairement au FLAC, les informations supprimées pendant l’encodage ne peuvent pas être récupérées.

Le MP3 privilégie donc :

la légèreté,

la diffusion,

le stockage compact,

et surtout une très grande compatibilité.

C’est précisément cette compatibilité qui reste l’une de ses principales forces.

Le format est compris par une immense variété d’appareils et de logiciels.

Passons maintenant à l’AAC.

AAC signifie Advanced Audio Coding.

Il appartient lui aussi à la famille des formats utilisant généralement une compression avec pertes.

Il a été conçu plus tard que le MP3 et peut offrir une meilleure efficacité de compression dans de nombreuses situations, notamment à certains débits.

Cela signifie qu’à débit comparable, un bon encodage AAC peut parfois obtenir un résultat plus efficace qu’un encodage MP3.

L’AAC est très présent dans les environnements modernes.

Il est notamment utilisé dans différents systèmes de streaming, de vidéo et d’appareils mobiles.

Mais la question de la compatibilité dépend toujours du matériel et des logiciels utilisés.

Le MP3 conserve un avantage historique considérable :

presque tout sait le lire.

Un ancien autoradio, un lecteur multimédia, un téléviseur, un ordinateur ou une chaîne Hi-Fi possèdent de fortes chances de reconnaître un MP3.

L’AAC bénéficie aujourd’hui d’une compatibilité très importante, mais certains équipements anciens peuvent être plus limités.

Nous arrivons enfin à OGG.

Il faut ici apporter une précision.

OGG désigne principalement un format conteneur.

Lorsque l’on parle couramment de « fichier OGG » pour de la musique, il s’agit très souvent d’audio encodé avec le codec Vorbis dans un conteneur Ogg.

Ogg Vorbis utilise une compression avec pertes.

Comme le MP3 et l’AAC, son objectif est donc de réduire fortement la quantité de données nécessaire tout en conservant une qualité d’écoute satisfaisante.

Vorbis a notamment été apprécié dans différents projets logiciels, jeux et environnements ouverts.

Il existe également d’autres codecs pouvant être utilisés dans l’écosystème Ogg.

Il est donc plus exact de distinguer le conteneur Ogg du codec audio qu’il transporte.

Nous pouvons maintenant comparer les cinq solutions.

WAV avec PCM :

très volumineux,

pas de compression audio avec pertes,

excellent pour le travail audio,

très largement reconnu.

FLAC :

compression sans pertes,

taille réduite par rapport au PCM,

excellent pour l’archivage,

permet de retrouver les données audio originales.

MP3 :

compression avec pertes,

fichiers très légers,

compatibilité exceptionnelle,

adapté à la diffusion et à l’écoute sur de nombreux appareils.

AAC :

compression avec pertes,

bonne efficacité,

très présent dans les systèmes modernes,

particulièrement utilisé dans différents environnements multimédias.

Ogg Vorbis :

compression avec pertes,

format ouvert largement utilisé dans certains environnements,

bonne efficacité,

compatibilité dépendant davantage des appareils et logiciels concernés.

Quel est alors le meilleur format ?

Il n’existe pas de réponse universelle.

Tout dépend de l’objectif.

Pour enregistrer et travailler une production musicale, un format PCM non compressé comme WAV est généralement très pratique.

Pour conserver une bibliothèque musicale sans perdre les données audio originales tout en économisant de l’espace, FLAC constitue une excellente solution.

Pour distribuer des fichiers légers compatibles avec un maximum d’appareils, le MP3 reste extrêmement pratique.

Pour certains services, applications ou environnements modernes, AAC peut être particulièrement intéressant.

Pour des projets privilégiant des technologies ouvertes ou certains environnements logiciels, Ogg Vorbis peut également être adapté.

Il est même possible d’utiliser plusieurs formats simultanément.

Un producteur musical peut par exemple conserver :

un master WAV pour la production,

une archive FLAC pour la conservation,

et une version MP3 pour la diffusion.

Cette stratégie évite un problème important :

réencoder plusieurs fois un fichier avec pertes.

Supposons qu’une musique soit uniquement conservée en MP3.

Si l’on souhaite plus tard produire une nouvelle version dans un autre format avec pertes, on partira déjà d’un signal ayant subi une première compression destructive.

Il est donc préférable de conserver une source sans pertes lorsqu’elle existe.

Une règle simple peut être retenue :

source et production : WAV ou autre format PCM adapté,

archivage : FLAC,

diffusion universelle : MP3,

besoins spécifiques : AAC, Ogg Vorbis ou autres codecs selon l’environnement.

Il faut également distinguer format, codec et conteneur.

Ces termes sont souvent mélangés.

Un codec définit principalement la manière dont les données audio sont encodées et décodées.

Un conteneur organise et transporte différents types de données.

Dans la pratique quotidienne, les extensions de fichiers rendent cette distinction moins visible pour l’utilisateur.

Mais elle devient importante lorsque l’on cherche à comprendre réellement le fonctionnement de l’audio numérique.

La qualité ne dépend finalement jamais uniquement de l’extension.

Un mauvais enregistrement enregistré en WAV reste un mauvais enregistrement.

Un MP3 créé à partir d’une excellente source avec de bons paramètres peut fournir une très bonne expérience d’écoute.

Un fichier annoncé comme haute qualité n’est réellement intéressant que si toute la chaîne précédente a également été correctement réalisée.

La source.

Le mixage.

Le mastering.

L’encodage.

Puis le matériel de lecture.

Chaque étape compte.

Après avoir comparé le MP3 aux autres grands formats audio, une dernière question se pose.

Le MP3 a maintenant plusieurs décennies.

Les connexions Internet sont beaucoup plus rapides.

Le stockage coûte beaucoup moins cher.

Les services de streaming utilisent différents codecs modernes.

Alors pourquoi continuons-nous encore à rencontrer autant de fichiers MP3 ?

Le format est-il devenu dépassé ou possède-t-il encore une véritable utilité ?

C’est la question qui clôturera notre dossier dans le dixième et dernier article.