L’une des principales raisons du succès du MP3 est sa capacité à réduire considérablement la quantité de données nécessaire pour stocker une musique.
Un enregistrement audio numérique non compressé peut être volumineux.
En qualité CD, un signal stéréo utilisant une fréquence d’échantillonnage de 44,1 kHz et une profondeur de 16 bits représente environ 1 411 kb/s de données audio.
Un fichier MP3 peut, lui, fonctionner avec des débits comme 128, 192, 256 ou 320 kb/s.
La différence est considérable.
Mais comment peut-on supprimer autant de données tout en continuant à reconnaître parfaitement une musique ?
Pour comprendre ce mécanisme, il faut d’abord distinguer deux grandes familles de compression audio.
La première est la compression sans pertes.
Elle permet de réduire la quantité de données tout en conservant la possibilité de reconstruire exactement les informations originales.
Le FLAC est un exemple connu de compression audio sans pertes.
La deuxième famille est la compression avec pertes.
Le MP3 appartient à cette catégorie.
Lorsqu’un fichier est encodé en MP3, certaines informations du signal original sont définitivement supprimées ou représentées avec une précision moindre.
L’objectif n’est donc pas de reconstruire mathématiquement un fichier identique à la source.
L’objectif est plutôt d’obtenir un signal qui reste suffisamment fidèle pour l’écoute tout en nécessitant beaucoup moins de données.
Pour effectuer cette opération, l’encodeur MP3 commence par analyser le signal audio.
Une musique contient généralement une multitude de fréquences présentes simultanément.
Voix, batterie, basse, synthétiseurs, guitares et autres instruments produisent chacun différentes composantes fréquentielles.
Toutes ces informations ne sont cependant pas perçues de la même manière par notre système auditif.
C’est ici qu’intervient la psychoacoustique.
La psychoacoustique étudie notamment la manière dont notre cerveau et notre système auditif perçoivent les sons.
L’encodeur MP3 utilise un modèle psychoacoustique afin d’estimer quelles informations sont importantes pour l’auditeur et lesquelles peuvent être représentées avec moins de précision.
Un phénomène particulièrement important est le masquage sonore.
Imaginez un son très puissant accompagné d’un autre son beaucoup plus faible situé dans une zone fréquentielle proche.
Dans certaines situations, le son puissant peut rendre le son faible difficile, voire impossible à distinguer.
L’encodeur peut exploiter ce phénomène.
Il n’a pas forcément besoin d’attribuer autant de données à une composante qui sera masquée par une autre.
Il existe également des phénomènes de masquage dans le temps.
Un son très intense peut momentanément influencer notre capacité à percevoir certains sons immédiatement avant ou après lui.
Ces caractéristiques de l’audition permettent au système de compression de répartir les données de manière plus intelligente.
Mais le MP3 ne se contente pas de décider qu’un son est audible ou non.
Le signal est également transformé afin de pouvoir analyser et coder efficacement son contenu fréquentiel.
Dans le processus MPEG Audio Layer III, le signal passe notamment par une banque de filtres qui le sépare en sous-bandes.
Une transformation supplémentaire, basée sur la MDCT, permet ensuite d’obtenir une représentation fréquentielle plus fine.
MDCT signifie Modified Discrete Cosine Transform.
Cette transformation facilite l’analyse et la représentation des différentes composantes du signal.
L’encodeur peut alors déterminer comment utiliser les bits disponibles.
C’est ce que l’on appelle l’allocation des bits.
Certaines parties du signal nécessitent davantage de précision.
D’autres peuvent être codées avec moins de données sans produire une différence importante pour l’auditeur.
Le bitrate choisi impose en grande partie la quantité de données disponible.
À 128 kb/s, l’encodeur dispose de beaucoup moins de données par seconde qu’à 320 kb/s.
Il doit donc prendre davantage de décisions et utiliser une compression plus importante.
À 320 kb/s, davantage d’informations peuvent généralement être conservées ou représentées avec une meilleure précision.
C’est pourquoi le bitrate influence directement le compromis entre poids du fichier et fidélité du signal.
Une autre étape importante est la quantification.
Après transformation du signal, les valeurs obtenues doivent être représentées avec un nombre limité de bits.
Cette quantification introduit nécessairement une certaine approximation.
L’encodeur cherche donc à contrôler le bruit introduit par cette opération afin qu’il reste autant que possible sous les seuils déterminés par le modèle psychoacoustique.
Le MP3 utilise ensuite des techniques de codage permettant de représenter efficacement les valeurs obtenues.
Le codage de Huffman fait notamment partie du processus.
Son principe général consiste à représenter plus efficacement les valeurs selon leur fréquence d’apparition.
La combinaison de toutes ces techniques permet d’obtenir une réduction importante du débit.
Analyse du signal.
Séparation fréquentielle.
Modèle psychoacoustique.
Masquage.
Allocation des bits.
Quantification.
Codage.
Ces opérations sont réalisées continuellement pendant l’encodage de la musique.
Les données obtenues sont ensuite organisées dans des trames MP3.
Chaque trame représente une petite portion du flux audio et contient différentes informations nécessaires à son décodage.
Cette organisation permet au lecteur de traiter progressivement le fichier.
Il n’est donc pas nécessaire de décompresser l’intégralité d’une musique avant de commencer à l’écouter.
La compression peut également fonctionner avec différentes stratégies de bitrate.
Le CBR, ou Constant Bit Rate, utilise un débit globalement constant.
Un MP3 à 320 kb/s CBR utilise ainsi le même débit nominal tout au long du morceau.
Le VBR, ou Variable Bit Rate, permet au contraire de faire varier le débit.
Une partie musicalement simple peut nécessiter moins de données.
Une partie complexe peut en recevoir davantage.
Le VBR cherche ainsi à adapter la quantité de données à la complexité du signal.
Il existe également l’ABR, Average Bit Rate.
Cette méthode vise un débit moyen déterminé tout en autorisant certaines variations au cours du fichier.
La qualité finale ne dépend cependant pas uniquement du chiffre inscrit dans le bitrate.
L’encodeur utilisé, ses réglages et surtout la qualité de la source jouent également un rôle important.
Un fichier provenant d’une excellente source et correctement encodé donnera généralement un meilleur résultat qu’un MP3 créé à partir d’un fichier déjà fortement dégradé.
Il faut également éviter une idée fréquente.
Transformer un MP3 à 128 kb/s en MP3 à 320 kb/s ne recrée pas les informations perdues.
Le nouveau fichier peut afficher un bitrate de 320 kb/s, mais les informations supprimées pendant le premier encodage ne réapparaissent pas.
On augmente alors principalement la quantité de données utilisée pour représenter un signal déjà dégradé.
Pour obtenir un MP3 de haute qualité, il est donc préférable de partir directement d’une source originale de bonne qualité, par exemple un master non compressé ou un fichier audio sans pertes.
Cette particularité explique pourquoi il est important de conserver les fichiers sources lors de la production musicale.
Le MP3 est particulièrement adapté à la diffusion et à l’écoute, tandis qu’une source sans pertes reste préférable pour l’archivage, le montage et les futurs encodages.
La compression MP3 représente finalement un compromis extrêmement élaboré.
Elle ne cherche pas simplement à supprimer des données.
Elle cherche à déterminer où ces données sont les plus utiles.
C’est cette capacité à exploiter simultanément les mathématiques, le traitement numérique du signal et les caractéristiques de l’audition humaine qui a permis au MP3 de réduire spectaculairement la taille des fichiers musicaux.
Mais un élément mérite maintenant d’être étudié plus précisément.
Pourquoi notre oreille peut-elle ne pas remarquer certaines informations supprimées par l’encodeur ?
Pour le comprendre, le prochain article sera consacré à la psychoacoustique et aux mécanismes de masquage utilisés dans la compression MP3.
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