Avant de devenir un fichier MP3, la musique existe sous la forme d’un phénomène physique.

Une voix, une guitare, une enceinte ou n’importe quelle source sonore provoque des vibrations dans l’air.

Ces variations de pression se déplacent sous forme d’ondes sonores jusqu’à nos oreilles.

Pour qu’un ordinateur puisse enregistrer ce son, il faut donc commencer par transformer cette onde acoustique en information exploitable par une machine.

C’est le rôle du microphone.

Lorsqu’une onde sonore atteint la membrane d’un microphone, celle-ci se met à vibrer.

Ces mouvements sont transformés en un signal électrique dont les variations représentent celles du son original.

À ce stade, nous disposons encore essentiellement d’un signal analogique.

Un ordinateur travaille cependant avec des données numériques.

Il faut donc convertir ce signal analogique en une succession de nombres.

Cette opération est réalisée par un convertisseur analogique-numérique, souvent appelé ADC ou CAN.

Le principe consiste à mesurer régulièrement l’amplitude du signal sonore.

Cette opération porte le nom d’échantillonnage.

Imaginez une courbe représentant une onde sonore.

Au lieu d’enregistrer continuellement toute la courbe, le convertisseur effectue un très grand nombre de mesures par seconde.

La fréquence à laquelle ces mesures sont réalisées correspond à la fréquence d’échantillonnage.

L’une des valeurs les plus connues est 44,1 kHz.

Cela signifie que le signal est échantillonné 44 100 fois par seconde.

Chaque mesure doit ensuite être représentée par une valeur numérique.

C’est ici qu’intervient la profondeur de bits.

Un enregistrement audio peut par exemple utiliser une résolution de 16 bits ou de 24 bits.

Plus le nombre de bits disponibles est important, plus le système dispose de valeurs possibles pour représenter l’amplitude mesurée.

Fréquence d’échantillonnage et profondeur de bits sont donc deux caractéristiques importantes de l’audio numérique non compressé.

Après cette conversion, le signal peut être représenté sous une forme appelée PCM, pour Pulse Code Modulation.

Le PCM constitue une représentation numérique directe des échantillons audio.

Il est notamment utilisé comme base dans de nombreux systèmes audio et dans des formats non compressés ou faiblement encapsulés comme le WAV.

Cette représentation est précise, mais elle nécessite beaucoup de données.

Prenons un exemple classique.

Un signal stéréo en qualité CD utilise généralement une fréquence d’échantillonnage de 44 100 Hz avec une profondeur de 16 bits sur deux canaux.

Cela représente :

44 100 échantillons × 16 bits × 2 canaux.

On obtient 1 411 200 bits par seconde, soit environ 1 411 kb/s avant de tenir compte de l’encapsulation du fichier.

Pour une musique de plusieurs minutes, la quantité de données devient rapidement importante.

C’est précisément à ce moment que la compression MP3 devient intéressante.

L’encodeur MP3 reçoit le signal audio numérique et l’analyse.

Son objectif n’est pas simplement de compresser les données comme le ferait un programme créant une archive informatique.

Il analyse également les caractéristiques du son.

Le MP3 est un format de compression avec pertes.

Cela signifie que certaines informations du signal original ne seront pas conservées.

Mais l’encodeur tente de retirer en priorité les informations ayant le moins d’influence sur notre perception auditive.

Pour cela, l’encodage MP3 s’appuie notamment sur des principes psychoacoustiques.

Notre système auditif possède certaines limites.

Un son puissant peut par exemple rendre un autre son proche beaucoup plus difficile à percevoir.

Ce phénomène est notamment utilisé pour déterminer quelles informations peuvent être représentées avec moins de précision.

L’encodeur analyse donc le signal afin de répartir efficacement les données disponibles.

Il transforme également le signal pour travailler sur ses composantes fréquentielles.

Les informations audio sont ensuite quantifiées et codées afin d’obtenir une représentation beaucoup plus compacte que le signal PCM original.

L’objectif est simple : conserver une qualité d’écoute acceptable tout en réduisant fortement le débit nécessaire.

C’est ici qu’intervient le bitrate du fichier MP3.

Un MP3 peut par exemple être encodé à 128 kb/s, 192 kb/s, 256 kb/s ou 320 kb/s.

Comparons cela au débit d’environ 1 411 kb/s du PCM stéréo 16 bits / 44,1 kHz utilisé comme référence pour un CD audio.

La quantité de données nécessaire peut donc être considérablement réduite.

Mais cette réduction possède une contrepartie.

Puisque le MP3 utilise une compression avec pertes, le fichier compressé ne contient plus exactement toutes les informations du signal d’origine.

Une fois certaines informations supprimées pendant l’encodage, elles ne peuvent pas être récupérées simplement en reconvertissant le MP3 en WAV.

On peut créer un nouveau fichier WAV à partir du MP3, mais celui-ci contiendra la reconstruction du signal MP3 et non les données originales supprimées lors de la compression.

C’est une différence fondamentale entre compression avec pertes et compression sans pertes.

Un format comme FLAC peut réduire la taille d’un fichier tout en permettant de reconstruire exactement les données audio originales.

Le MP3 privilégie une réduction beaucoup plus importante des données en acceptant d’en supprimer une partie.

Une fois l’analyse et la compression terminées, les données audio sont organisées en une succession de trames MP3.

Ces trames permettent au lecteur de traiter progressivement le fichier.

Chaque portion contient les informations nécessaires au décodage d’une petite partie du signal audio.

Le fichier peut également recevoir des métadonnées.

Les tags ID3 permettent notamment d’enregistrer le titre de la musique, l’artiste, l’album, le genre, l’année ou encore une pochette.

Nous obtenons alors le fichier que nous connaissons :

musique.mp3

Lorsque ce fichier est ouvert dans un lecteur compatible, le processus fonctionne dans l’autre sens.

Le lecteur récupère les données MP3.

Il décode successivement les informations audio contenues dans les trames.

Il reconstruit alors des échantillons audio numériques, généralement sous forme PCM.

Ces données sont envoyées au système audio de l’appareil.

Un convertisseur numérique-analogique, appelé DAC ou CNA, peut ensuite transformer ces données numériques en signal électrique analogique.

L’amplificateur et les haut-parleurs utilisent finalement ce signal pour produire de nouvelles vibrations dans l’air.

Le son effectue donc un véritable voyage.

Onde sonore.

Signal électrique.

Conversion numérique.

Échantillons PCM.

Analyse et compression MP3.

Stockage dans un fichier.

Décodage.

Conversion analogique.

Puis de nouveau une onde sonore que nos oreilles peuvent entendre.

Derrière un simple bouton Lecture se déroule ainsi toute une chaîne de transformations.

Comprendre cette chaîne permet également de mieux comprendre pourquoi la qualité d’un MP3 dépend fortement de la qualité de la source.

Encoder un excellent enregistrement peut produire un très bon fichier MP3.

Mais encoder plusieurs fois un fichier déjà fortement compressé peut accumuler les pertes et les artefacts.

Pour produire un MP3 de qualité, il est donc préférable de partir d’une source audio de bonne qualité.

La transformation d’un son en MP3 est finalement la rencontre de plusieurs technologies : acoustique, électronique, conversion analogique-numérique, traitement numérique du signal, psychoacoustique et compression informatique.

Et nous n’avons encore observé qu’une partie du mécanisme.

Dans le prochain article, nous entrerons au cœur de la compression MP3 afin de comprendre comment l’encodeur parvient à réduire autant la quantité de données nécessaire pour stocker une musique.